Les sensibilisations à l’illettrisme

  • Les sensibilisations à l'illettrisme

Description

L’efficience de la lutte contre l’illettrisme suppose la connaissance de cette problématique par le plus grand nombre, d’où l’importance des actions de mobilisation et d’information menées sur le terrain. Experts de la question, les Centres Ressources Illettrisme Analphabétisme (CRIA) interviennent en Occitanie auprès des professionnels et bénévoles en proposant des sensibilisations à l’illettrisme qui sont structurées, pensées pour évoluer, afin de répondre au mieux aux besoins des acteurs des territoires.

Sensibiliser à l’illettrisme en 2022 : la nécessité d’outils distanciels

L’une des missions fondamentales des CRIA consiste à la sensibilisation à l’illettrisme. Cette mission se doit d’être adaptée à tout type de professionnel·le·s en contact avec du public, ce qui pose la question des supports de communication et d’information et des modalités de cette sensibilisation.

Les supports

La panoplie d’outils de sensibilisation développée par Ressources & Territoires, nommée « trousse à outils repérage », se composait d’une série de documents pdf répondant à un format classique : les informations s’agençaient au sein de pages type A4, parfois dans des tableaux, parfois rédigées dans des paragraphes. Ce format a l’avantage d’être imprimable : il est alors agréable à lire, surligner et conserver. Cependant, il n’est pas adapté à la lecture sur ordinateur : un écran n’a d’ailleurs jamais le format d’une feuille A4 !

Et pourtant les faits sont là : téléphones, ordinateurs, tablettes, affichages, télés, les écrans sont devenus omniprésents dans notre vie quotidienne. Nous avons acquis des compétences spécifiques à la lecture sur écran et en ligne, ce que les spécialistes appellent la « littératie numérique ». Une réflexion s’est donc s’engagée sur les outils à employer pour sensibiliser les professionnel·le·s en contact avec le public en situation d’illettrisme.

Les avantages d’un outil numérique

Cela a donc conduit Ressources & Territoires à produire en 2021 une « trousse à outils repérages 2.0 » : il s’agit d’un document qui combine diverses présentations en quelques clics, fournissant le même genre d’information que le précédent mais de manière interactive. Il convient à un mode de lecture numérisée où l’information est présentée sous forme de présentations dynamiques et répartie sur l’écran et non plus sous un format type A4 : cela favorise l’accès à l’information notamment des générations les plus rompues au travail numérique.

Voir la trousse à outils

Cet outil présente les avantages suivants :

  • Le système en arborescence facilite l’accès à une information spécifique : l’illettrisme n’étant pas nécessairement au cœur de l’activité des personnes sensibilisées, il est crucial qu’elles puissent mobiliser rapidement l’information quand c’est nécessaire.
  • Ce document est disponible en ligne et donc accessible de n’importe quel site connecté.
  • Puisqu’un seul lien regroupe toutes les informations, le document est également facile à partager, en interne comme en externe.

 La complémentarité aux documents imprimables

Cette production s’insère dans une perspective de transition numérique des pratiques professionnelles. Celle-ci tend à l’abandon progressif de l’usage du papier pour le tout numérique. La trousse à outils 2.0 sera donc aussi sujette à des mises à jour. On ne peut cependant pas faire table rase des productions précédentes, qui sont de qualité et qu’affectionnent de nombreux professionnels : l’usage des supports papier est encore répandu, il ne s’agit pas de substituer l’existant mais bel et bien de le compléter pour que tous puissent s’y retrouver.

 Modalité présentielle ou distancielle ?

Au-delà des supports, quid des modalités de la sensibilisation ?

En 2022, nous observons que la visio a été adoptée par une très large part de professionnel·le·s.
Parallèlement, le besoin de contact humain se fait sentir, et nous observons combien le présentiel peut faciliter le partage et la transmission d’informations. R&T propose donc à présent tous les formats, échelonnés dans le temps. En février 2022, une visioconférence de Pascal Moulette sur les coûts cachés de l’illettrisme en entreprise s’est faite en distanciel pour couvrir le maximum de public. Des actions de sensibilisations organisées en présentiel ont suivi.
A l’avenir, d’autres formations se dérouleront en visio, et nous réfléchissons à présent à la mise en place de modules de sensibilisation en e-learning.

Consultez le programme de professionnalisation de R&T

Retrouvez l’ensemble du programme d’animations des CRIA

Cria34

Sensibiliser, c’est aussi faire preuve d’agilité

Le caractère pluridimensionnel de l’illettrisme, la variété des acteurs pouvant être concernés à des degrés divers, leurs différents contextes et missions (emploi, formation, orientation, accompagnement social, santé, logement, culture, jeunesse, sport, collectivités publiques…) font que « sensibiliser » à cette thématique, c’est aussi faire preuve d’une certaine agilité !

Tant sur la forme (formats et modalités de l’offre) que sur le fond : on ne sensibilise pas des services publics de l’emploi et de l’orientation, des responsables de la CPAM, des gestionnaires de résidences sociales, des OPCO et branches professionnelles, des travailleurs sociaux et le « grand public » avec des approches et contenus totalement similaires.

Varier les propositions

Ainsi, ces dernières années, pour répondre aux besoins des territoires, le CRIA 34 a développé et diversifié son offre de sensibilisation des acteurs à la problématique des publics en fragilité sur les savoirs de base et a  proposé, en présentiel et/ou en distanciel  :

  • Un parcours sous forme modulaire, sécable, qui va d’une sensibilisation « sur un 1er niveau » à une autre plus « approfondie » (avec études de cas) et qui invite dans le cadre d’un réel « itinéraire » à poursuivre au-delà vers une réflexion sur les postures (« Accompagner, les publics en situation d’illettrisme »), une découverte d’outils (« Présentation d’outils de repérage ») jusqu’à se doter soi-même d’instruments adaptés au sein de sa structure (« Création d’outils de repérage ») ;
  • Des rendez-vous évènementiels (projection de film, débats, tables-rondes),
  • Des séances « inter-acteurs » et « en intra » à la demande de structures sur des durées variables pouvant s’insérer dans des réunions de travail,
  • Des séances d’une heure entre midi et deux et en soirée (en visio-conférence),
  • Des participations à l’élaboration et à l’animation d’un « webinaire » destiné à des entreprises,
  • Des mises en ligne sur le site du CRIA de conférences d’experts sur la thématique,
  • Des participations à des émissions de radio locale*.

Le CRIA 34 a surtout développé des interventions « à la carte, en intra » sur demande des structures, qui constituent

aujourd’hui la moitié de son offre de sensibilisation et témoigne d’une réelle souplesse face aux contraintes et besoins des acteurs.

Cultiver une « science du rebond »

Cette disponibilité et volonté de contextualiser les sensibilisations au plus près des préoccupations de certains acteurs, dans des formats parfois réduits, a bien sûr nécessité de repenser et adapter les contenus.

Ainsi, si l’on ne prend que quelques exemples :  Sensibiliser des responsables de CPAM en matière d’impact de l’illettrisme et de repérage des publics, c’est aussi faire le lien avec :

  • La prévention des risques professionnels et des arrêts de travail dus à des mauvaises interprétations de consignes par exemple,
  • le renoncement au soin dans des parcours de santé parfois complexes où interviennent plusieurs examens et protocoles,
  • des accidents de santé suite à des incompréhensions de prescriptions, de notices de médicaments et de posologie,
  • un éloignement de l’accès aux services et informations santé suite à des difficultés d’utilisation du portail « Ameli », de bornes dédiées à la carte vitale,
  • des difficultés à effectuer des démarches d’accès aux droits (CMU) pour l’individu et parfois la famille (rattachement d’enfants ou de conjoint),
  • des formulaires et supports d’information proposés au sein des établissements qui peuvent être complexes,

des accueils plus « vigilants » face à des publics qui ont tendance à masquer leurs difficultés, ne pas demander d’informations supplémentaires, user de stratégies d’évitement…

Sensibiliser des agents de médiathèques c’est aussi amener la problématique de l’accès à la culture de ces publics dits « éloignés » ou « empêchés » et s’interroger sur :

  • les procédures d’inscription, les aménagements d’espaces, la signalétique,
  • le fonds et les collections, des démarches telles celle du « Facile à Lire », ou s’appuyant au départ sur la culture orale (conte, audio-textes…),
  • les types d’animations au sein de la médiathèque et celles « hors les murs »,
  • les espaces d’accès et de médiation au numérique,
  • les démarches s’appuyant sur la parentalité dans l’accès au livre (la majorité des publics en situation d’illettrisme a plus de 45 ans)
  • le lien avec le territoire et les partenariats locaux, notamment avec les acteurs qui accompagnent les publics en fragilité avec les savoirs de base pour qu’ils fassent des médiathèques un lieu ressource pour leur action pédagogique)

Nous pourrions ainsi multiplier les illustrations de cette nécessaire « agilité » pour sensibiliser une grande variété d’acteurs sur nos territoires à cette problématique de l’illettrisme. C’est une « gymnastique » enrichissante au cœur de nos missions de CRIA.

*Podcast de l’émission Radio

 

 

Logo Ceregard 1

Un outil de repérage des publics en situation d’illettrisme en contexte professionnel :  une expérience menée au sein de la Mission Locale de Nîmes

Partant du constat des difficultés de repérage des jeunes en situation d’illettrisme, la Mission Locale Jeunes (MLJ) de Nîmes a demandé au CEREGARD d’intervenir pour sensibiliser ses conseillers à cette question.

Les besoins repérés étaient les suivants : distinguer les différentes problématiques linguistiques ( FLE, illettrisme, alphabétisation…), repérer les jeunes en situation d’illettrisme et aborder le sujet avec eux.

Deux groupes de conseillers ont participé aux activités suivantes :

  • Une activité permettant de comprendre les spécificités de chaque public
  • Une activité permettant de co-construire un outil adapté pour le repérage au sein de la MLJ
  • Une activité pour co-construire un argumentaire en vue d’amener les jeunes sur le chemin du réapprentissage

Nous proposons ici un focus sur l’activité de co-construction d’un outil de repérage adapté au contexte professionnel de la Mission Locale. Les participants ont travaillé en 3 sous-groupes pour cette activité qui se décline en 4 étapes :

1 Présentation des indicateurs

Les indicateurs pour le repérage d’une situation d’illettrisme sont des indices à relever dans une situation de travail normale de ces professionnels de l’accueil et de l’orientation : pour cette raison, il est nécessaire d’adapter l’outil selon les différents contextes professionnels ; un conseiller Pôle Emploi ne rencontre pas les mêmes situations qu’un travailleur social ou qu’un conseiller de la Mission Locale. Les indicateurs peuvent être, par exemple, les suivants: la personne ne veut pas remplir un formulaire présenté, l’expression orale est peu claire (erreur de syntaxe) etc…

Une liste des indicateurs adaptés à différentes thématiques : compréhension et expression orale/écrite, parcours scolaires et professionnels, repérage dans le temps, expériences et recherches d’emploi, a été préparée et présentée par le CEREGARD.

2 Définition du contexte de relevé des indicateurs

La deuxième étape consiste à définir : à quel moment, dans les pratiques professionnelles de la MLJ, le repérage peut se situer, par qui il est réalisé et quel serait le type de support à construire.
Cette étape est menée par les professionnels ; ce sont eux qui connaissent les pratiques et le contexte favorable au relevé des indicateurs.

3 Définition des modalités de recueil des indicateurs

Comment introduire dans les pratiques professionnelles les moyens de relever les indicateurs de l’illettrisme ?  Parmi les indicateurs présentés, chaque groupe de travail en a choisi cinq, puis a défini pour chacun d’entre eux des supports de repérage adaptés, à inclure dans leurs pratiques professionnelles.

4 Mise en commun et synthèse des propositions

Les éléments de définition du contexte de relevé des indicateurs et des moyens utilisés pour effectuer ce relevé définis par chacun des groupes ont été mis en commun suivant la trame suivante :

Posez des éléments pour déterminer par qui, quand et comment un outil permettant le repérage serait utilisé:

Par qui ? A quel moment ? Quelle forme ?
     

Puis repérez 4 ou 5 indicateurs dans la liste d’indicateurs qui vous est proposée et définissez de quelle manière, avec quel support vous pourriez repérer ces indicateurs:

 

Indicateurs Supports
 

 

=> La mise en commun de ces différents éléments a permis l’ébauche de l‘outil de repérage adapté au contexte professionnel de la Mission Locale.

Cette expérience a permis aux conseillers de la Mission Locale de Nîmes non seulement de comprendre les spécificités du public en situation d’illettrisme, mais également de s’approprier une démarche de repérage à mettre en place dans leurs pratiques professionnelles.

Cette démarche est bien évidemment transférable à d’autres contextes professionnels susceptibles de recevoir du public en situation d’illettrisme.

Contact: accueil@ceregard.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Logo Crepa

Les modules de sensibilisation à l’illettrisme

Ces séances sont régulièrement programmées par le CREPA, elles se déroulent à Carcassonne (Campus/FAOL 17 quai Riquet) et à Narbonne (Maison de la Région 1 bis boulevard Maréchal Joffre). Elles peuvent également avoir lieu sur tout le territoire audois dans les locaux des structures qui en font la demande (Carcassonne, Narbonne, Lézignan Corbières, Castelnaudary , Limoux…).

L’objectif est de sensibiliser les acteurs du département à l’illettrisme

Les séances sont programmées par le CREPA ou co- construites avec les structures demandeuses pour :

  • Faciliter le repérage, l’orientation et les départs en formation des personnes ayant des difficultés avec les savoirs de base
  • Partager une culture commune
  • S’approprier les enjeux de la lutte contre l’illettrisme et en être acteur sur son territoire
  • Faciliter l’abord de la problématique avec les personnes concernées
  • Connaître les offres de formation sur chaque territoire
  • Découvrir des ressources

Les modules organisés à la demande des acteurs ou des structures publiques ou privées, œuvrant dans les champs de l’insertion sociale et professionnelle, du secteur culturel ou du secteur économique dans l’Aude sont  co- construits et ont un contenu et une durée adaptés aux besoins spécifiques de la structure.

La mise en place par modules de demi- journée permet à chaque acteur de s’inscrire en fonction de ses besoins et de ses disponibilités.

Module 1 : Illettrisme, de qui et de quoi parle-t-on ?

Objectifs: Développer une culture commune pour favoriser la cohérence des orientations au sein d’une structure et/ou d’un territoire
Public visé: Particulièrement adapté pour les acteurs nouvellement arrivés dans le secteur de l’accueil, l’orientation ou l’accompagnement ; ou ceux ayant déjà suivi des sensibilisations mais souhaitant mettre à jour leurs connaissances.
Contenus: Représentations – définitions – données chiffrées – causes et conséquences de l’illettrisme – profils des personnes en situation d’illettrisme… – présentation de la cartographie régionale.
Méthode: Alternance d’apports théoriques et d’échanges.
Le module 1 est également proposé à distance.

Module 2* : Pourquoi et comment repérer une personne en situation d’illettrisme ?

Objectifs: Appréhender la question de l’illettrisme pour favoriser le repérage des personnes concernées.
Public visé: Ce module s’adresse aux acteurs voulant approfondir la notion de repérage et/ou pour construire des outils.
Contenus: Objectifs du repérage – des indices qui facilitent le repérage – les différents outils pour repérer – les offres de formation sur le territoire- présentation de la cartographie régionale.
Méthode:  Alternance d’apports théoriques et d’échanges.

Module 3* : Comment aborder le sujet avec la personne ?

Objectifs: Faciliter le travail quotidien des professionnels qui rencontrent des personnes en difficulté avec les savoirs de base en connaissant différentes façons d’aborder le sujet avec elles.
Public visé: Ce module est ouvert aux acteurs désireux d’apprendre des expériences des autres et diversifier leurs argumentations
Contenus: Les enjeux pour les personnes – les freins à l’intégration d’une formation – le rôle de l’accueillant et sa posture – différentes façons d’aborder le sujet pour mobiliser des arguments de motivation – les offres de formation sur le territoire – présentation de la cartographie régionale…
Méthode:  Expression des représentations et des besoins des participants, apport d’informations et analyse de cas pratiques.

*Les modules 2 et 3 ne sont ouverts qu’aux personnes ayant récemment suivi une sensibilisation de type 1.


Module 4 : Construire des outils de repérage

Objectifs: Permettre aux participants d’élaborer des outils de repérage adaptés à leurs publics et à leurs besoins
Public visé: Tout acteur qui a déjà participé à une sensibilisation à l’illettrisme équivalant aux modules 1 et 2 et qui souhaite approfondir la notion de repérage et/ou construire des outils.
Contenus: -Quelques rappels sur les indices – Les besoins constatés – Les outils de repérage à disposition – Construction ou amélioration d’outils de repérage.
Echanges de pratiques, travaux de groupes à partir de l’expression des besoins des participants.

Résultats, impacts

Un questionnaire de satisfaction est rempli par chaque participant à l’issue des séances.
Les séances 2021 ont permis de relever: 80% des participants ont été très satisfaits/ 28% ont été satisfaits.
Quelques phrases prélevées des remarques : « Merci pour la dynamique et la variation des présentations « , « Réel intérêt opérationnel « ,  « Formation complète qui sert tant au niveau professionnel que personnel. Formatrice à l’écoute qui fait passer l’information en donnant du sens. Dynamique »,  « Animation et supports de qualité ! « , »Merci d’avoir rendu ça concret, accessible « , « Beaucoup d’informations, très bonnes interactions, exemples riches d’apprentissage. Eveille la curiosité, la nécessité d’approfondir ».

 

Paroles de participants aux sensibilisations illettrisme… quand des projets découlent de ces rencontres

Depuis maintenant quatre ans les CRIA(S) arpentent les routes de leur département pour sensibiliser les acteurs du territoire à l’illettrisme.

Les participants

Les actions menées accueillent des publics d’horizons divers :
Des personnels administratifs
Des Missions Locales Jeunes (MLJ)
Des assistants sociaux
Des conseillers Pôle Emploi
Des personnels du tissu associatif
Des professionnels de la formation, de l’insertion
Des acteurs linguistiques
Des juristes
Des enseignants
Des étudiants ….

Quel que soit le type de public, les réactions des participants vont de l’étonnement (- « Je suis tellement étonnée qu’une chose pareille existe de nos jours ? » disent certains.  – « Je ne pensais pas que les difficultés de  lecture et d’écriture pouvaient avoir des conséquences aussi graves au quotidien » et que « la construction personnelle soit si impactée ») à la prise de conscience (- « Aaah je comprends mieux pourquoi cette dame ne voulait pas remplir le document ». – « En fait je me rends compte que mon oncle est illettré et le téléphone portable que je lui ai acheté ne lui servira à rien ! ». – « A présent je serai plus attentive et je me comporterai différemment face à une personne en difficulté avec l’écrit »).

Ces réactions soulignent la nécessité de nos interventions. Elles amorcent une nouvelle attitude pour les lettrés et, par ricochet, un nouveau regard et une bienveillance renforcée si le cas se présente. Ce comportement est plutôt rassurant et devient un levier pour accueillir et accompagner les personnes en difficultés avec les savoirs de base.

Suite à ce constat,  la réflexion et les discussions plus approfondies des participants aux journées de professionnalisation mènent à cette question récurrente :

«Que faire face à une situation d’illettrisme ?» 

Bien souvent les professionnels participants aux animations réfléchissent ensemble aux solutions possibles. Elles sont en lien avec leurs compétences respectives et sont nécessaires pour répondre aux besoins du public cible.

A titre d’exemple de projet co-construit autour de la prévention et de la lutte contre l’illettrisme, on peut citer celui de la « Découverte de la médiathèque de Prades » qui avait pour objectif d’ inciter les familles à fréquenter la médiathèque seule ou avec leurs enfants.
Les participants à ce projet étaient : La médiathèque de Prades, l’’association «Couleurs familles» qui propose des actions autour de la parentalité et l’association «Mosaïques» qui anime des ateliers autour des savoirs de base et de la langue.

Dans la mise en place, le personnel de la médiathèque avait pour mission de préparer en amont un jeu de piste pour une découverte des espaces et proposer aux participants des ressources adaptées. Un temps convivial était également prévu pour briser la glace entre participants.

Cet après-midi a permis au public de rencontrer des professionnels, d’échanger avec leurs pairs et de découvrir un lieu culturel « inaccessible » d’après eux.
Ce temps convivial a servi de porte d’entrée pour la lutte contre l’illettrisme.
Il souligne aussi la concrétisation des actions de sensibilisation.

« Sensibilisation illettrisme » en Lozère : une offre en évolution

Dans le cadre des missions qui lui sont confiées par le Conseil Régional Occitanie, le CRIA 48 propose, chaque année, depuis son implantation pratique en Lozère en 2015 des actions de sensibilisation et information sur le thème de l’illettrisme.

Ces sensibilisations sont principalement destinées aux acteurs du SPRO (Service Public Régional de l’Orientation) Pôle Emploi, Missions Locales.., et plus globalement à l’ensemble des acteurs de l’emploi formation (CIDFF, Chantiers d’insertion, Maisons France Service, AIPPH etc…) ainsi qu’ aux personnes intervenant dans le champ de l’accompagnement social, de manière professionnelle ou bénévole.

Objectifs des actions menées

Ces actions de sensibilisation visent à accompagner les acteurs dans:

– L’identification des situations d’illettrisme
– Le repérage de ces situations
– L’évaluation des situations d’illettrisme
– Les orientations possibles vers les dispositifs de formation appropriés.

Pour rappel, une personne est considérée comme étant en situation d’illettrisme lorsqu’elle ne dispose pas d’une maîtrise suffisante des « savoirs ou compétences de base » tels que lire, écrire, compter et calculer, se repérer dans l’espace et le temps, s’appuyer sur des capacités de raisonnement logique, pour être autonome dans sa vie quotidienne et/ou professionnelle.

Format des actions

Le programme annuel d’animation du CRIA 48 propose ainsi des formations à la journée permettant de regrouper des acteurs de différentes structures pour :

  • mieux appréhender et repérer les problématiques des publics en situation d’illettrisme et/ou en difficulté avec les savoirs de base et la langue française
  • adapter leur posture en vue de mobiliser les personnes accompagnées vers un parcours de formation adapté
  • prendre connaissance de l’offre de formation existant sur le territoire.

Evolution de l’offre

La crise sanitaire est venue bouleverser l’organisation de ce programme.
Force est de constater que la proposition de sessions de formation sous un format à la journée ne rencontre plus le même succès.

Le CRIA 48 a dû repenser son offre de professionnalisation en allant vers des formats beaucoup plus courts (d’une heure et demi), adaptés à la visio-conférence, pour des interventions directes à l’intention des salariés au sein des structures qui ne trouvent plus le temps à dégager pour des journées de sensibilisation complètes et communes à tous les acteurs.
Ont également été proposés des actions ciblant une problématique particulière : par exemple les difficultés de gestion budgétaire ou les problèmes d’accès aux services dématérialisés… dus à des situations d’illettrisme.

Ainsi à l’occasion des Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme (JNAI) de septembre 2021, le CRIA 48 a programmé  trois sessions thématiques d’une demi-journée chacune, et co-organisé un ciné-débat :

  • « Mes questions d’argent: des outils pour accompagner les difficultés de gestion budgétaire » avec la Banque de France,
  • « Découverte et prise en main des fiches pédagogiques Parler Maths» avec le Ceregard (CRIA 30)
  • « Illettrisme, illectronisme : de quoi parle-t-on ?» avec le Ceregard également ainsi que Lozère Développement, pour présenter l’arrivée des « Chèques numériques » en Lozère.
  • Un Ciné-débat autour du film Illettré de JP Améris, avec le GRETA et la Maison de la Région.

Le plus concluant semble être l’intervention réalisée directement au sein des structures, avec une bonne préparation en amont avec la direction. Mais on perd alors la rencontre entre acteurs d’horizons différents, qui offre l’intérêt des regards croisés et du partage d’expériences. Cette rencontre est d’autant plus pertinente sur un territoire comme la Lozère, où la plupart des acteurs se connaissent et suivent souvent les mêmes bénéficiaires… Il reste donc encore matière à réflexion pour continuer à améliorer l’offre de sensibilisation à l’illettrisme.